Dry January

Comme vous l’avez peut-être entendu, depuis 2013, en Angleterre, un mouvement est né pour promouvoir la sobriété, ou tout au moins, la réflexion quant à sa consommation d’alcool.

En France, fin 2019, le Ministère de la Santé avait prévu de mettre en place ce même type de mouvement pour le début de l’année 2020. 

Compte tenu du nombre de décès dûs à la surconsommation d’alcool, sans parler des dangers au volant, des maladies cardiovasculaires, des troubles cognitifs, digestifs, les cancers etc… Il était en effet intéressant de se pencher sur ce genre de campagne pour amener le grand public à réfléchir à sa façon de consommer, et qu’en était-il d’un point de vue personnel, de notre rapport à l’alcool.

Et bien figurez-vous que sous la pression des lobbies et de notre cher Président (qui se vante de boire un verre minimum à chaque repas) ce projet a été annulé.

Non, il n’est pas bon en France de défendre quelques jours de sobriété.

Parce que comme la ministre de la santé a tenté de le signaler il y a quelques mois : « le vin est un alcool comme les autres pour votre foie », ça l’a fout mal de se priver de cet élixir tant prisé des Bourgeois et des Intellectuels, ne serait-ce que quelques jours, car les vrais amateurs de vin ne connaissent pas la piquette des précaires et du pauvre clodo, eux, ont la science ultime et savoureuse du terroir, et leurs organes leur disent merci.

Car oui, il était de propagande il y a quelques décennies de promouvoir le vin comme remède à tous les maux, et que boire quotidiennement était bon pour la santé.

Tout comme on vous balançait des paquets de Malbak à 16 ans pour vous prouver que vous étiez un Homme…

Aujourd’hui, l’avancée en matière de santé publique est lente et périlleuse. Le tabac est devenu le produit à abattre, on nous assène de slogan infantilisant à longueur d’année, « manger des fruits et légumes », « buvez plus, hydratez vous », « faites du sport », « relaxez-vous », « faites-vous plaisir », « partez en vacances », « consommez! »…

Il y’ a de quoi se servir un verre. Peut-être même deux, ou plus…

Ce qui est gênant surtout dans ce pays, c’est ce que l’on accorde comme bienfaits, sous prétexte de fête, de culture, de terroir, à un produit que l’on sait nocif pour la santé. 

Et je travaille depuis plus de dix dans le secteur e l’addictologie, et de que j’en ai appris, l’alcool est probablement le plus dangereux de tous, le plus accessible car légal, et le seul létal lors de sevrage brutal.

Aujourd’hui, on fait de grande campagne contre l’alcool durant la grossesse, et c’est de nouveau les femmes qui seront en ligne de mire, comme étant de mauvaises mères si on découvre un SAF (Syndrôme d’alcoolisme foetal) ou qu’elle s’alcoolise, tout simplement parce que certaines ne seront pas faire autrement du fait de leur dépendance. On les culpabilisera juste un peu plus.

Dans l’imaginaire collectif, un homme qui enchaine les verres et s’enfile une bouteille de Vodka ou de Jack Daniels se verra considéré comme un vrai mec qui tient bien l’alcool… A défaut de savoir s’en passer.

Personnellement, dans ce qui devait être « le défi de janvier », je vois, non pas comme certains, une injonction supplémentaire à vivre selon les principes édictés par le gouvernement (ce dernier rappelons-le s’est retiré de la partie), mais plutôt comme une liberté de choix face à un produit que l’on associe à la fête, aux rires et aux plaisirs, mais qui pour de nombreuses personnes, est 

synonymes de perte de contrôle, de dérives, de violences, d’agression, d’oubli de soi et de ses traumatismes…

Donc, plutôt que de considérer qu’on veut de nouveau nous dire ce qui est bien ou pas, la question serait plutôt : avec ce produit, où en sommes nous. Sommes nous capables de partager sans ivresse, sommes nous capables de bons moments et de grain de folie douce sans stupéfiant ?

L’objectif n’étant pas ici de devenir moine et de se priver des plaisirs que le monde nous offre, mais juste de prendre le temps de se poser et de faire le point avec nous mêmes.

Ne serait-ce que quelques jours, ne serait-ce que quelques semaines dans l’année, testons nous ?

Ensemble, c’est souvent plus facile, et la pression du groupe est porteuse (dans un sens comme dans l’autre : initiation à la consommation, incitation, ou bien le contraire).

En cela, aucune obligation, juste un intérêt et une réflexion personnelle sur son mode de consommation.

Et si vous préférez reporter, sachez que le « dry february » existe aussi chez nos voisins Belges, en février parce que c’est plus court !  🤪

Alors très belles fêtes de fin d’année à tous !!

Nadeije,

Une écoutante d’Ecoute Alcool.

(Et pour ceux qui auraient besoin d’en parler pour aller plus loin : Ecoute Alcool 0 980 980 930 de 8h à 2h du matin / http://www.alcool-info-service.fr )

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